Druidisme.
Quel mot bizarre en ce début de XXIe siècle ...
Comment peut-on sérieusement avoir 20 ans et croire à cela aujourd'hui ?
Toi qui vit sur cette Terre, arrête un instant ta course,
suspend ton geste, fais silence et ferme les yeux.
Écoute. Écoute ce monde, écoute ce qu'il a à te dire. Qu'entends tu ?
Le bruit des moteurs, et par dessus celui d'une radio, les publicités, la musique, les jeux, les cris.
Sois attentif à ce qui t'entoure. Qu'y a-t'il ?
Ouvres les yeux à présent et voit : le béton, l'acier, le verre, le plastique, les déchets.
Regarde les arbres estropiés de ta rue. Peut-être n'y en a-t'il même pas.
Respire. Sens tu les odeurs de ce monde ? Le graillon, les égouts, l'eau croupie et l'urine.
Paris en l'an 2008 de l'ère chrétienne.
C'est à pleurer.
Dans ce monde quel calme peux-tu encore trouver ?
Ferme les yeux à nouveau et écoute ton corps. Fais silence dans ta tête et écoute ton âme.
Dans quelle société, quelle folie vivons-nous ?
J'ai 21 ans aujourd'hui et mes convictions religieuses ont des bases philosophiques.
Écœuré de cette vie insipide qu'on nous propose, depuis longtemps rebuté par ces chemins creux, ces avenues pleines de lumière, cette civilisation auto-destructrice, j'ai choisi de suivre les chemins de mon cœur, les chemins de mon âme.
Le druidisme est pour moi le réenchantement du monde. Il est une philosophie et plus encore, une religion, c'est-à-dire un lien entre moi et la magie de la Terre.
Vivre avec ces convictions religieuses, avec le druidisme, ce n'est pas suivre un dogme emprisonnant ni adopter des principes moraux intolérants. Ce n'est pas s'agenouiller bêtement devant un arbre, une pierre ou le soleil dans une posture ridicule. Ce n'est pas invoquer des « êtres supérieurs » ni les supplier de me sauver ou de m'aider à réussir.
La première chose que j'ai compris sur ce chemin, c'est que la magie n'existe que pour ceux qui veulent bien y croire.
Les chrétiens croient en leur Dieu et pour eux il existe. Mais les athées refusent cette croyance et vivent sans puissance supérieure au-dessus de leur tête. Les bouddhistes, les juifs, les musulmans, les hindous, chacun croit en son ciel et refuse les autres.
Chacun connait sa propre magie, que ce soit celle de l'amour et de la rédemption pour les chrétiens ou la réincarnation pour les hindous et toutes les autres croyances.
Qui peut dire qu'une est fausse ?
Les humains n'ont pas une foi unique. Chacun croit en ce qui lui plait. Chacun pense peut-être détenir sa vérité. Elle est bonne pour ceux qui y croient, cela ne doit obliger personne d'autre.
Si tu n'a pas foi en la magie de la Terre, si tu n'es plus capable de t'émerveiller devant un lever ou un coucher de soleil, si les étoiles et la beauté de la voute céleste te laissent insensible, que le vol d'un papillon, l'odeur d'une fleur ou le chant d'un oiseau n'ont aucune sorte d'intérêt pour ton cœur, alors passe ton chemin.
Car cette voie est la mienne, c'est celle de ceux qui ont fait le choix. Celui d'être attentif, à l'écoute du monde, du chant des arbres, du murmure des ruisseaux, de la caresse du vent, de la magie du soleil qui réveille une graine et lui donne la force de pousser, de croître et de se transformer en un être magnifique, gigantesque et majestueux. Cette voie est celle de ceux qui, non pas crédules et idiots vénèrent bêtement un caillou inerte, mais qui au contraire, cherchent à retrouver dans ce monde, une raison encore pour admirer les merveilles de la nature. Alors ils restent sans voix devant la splendeur d'un arbre, devant cette force qui puise au plus profond pour s'élever au plus haut. Ils s'émerveillent devant une roche gigantesque, mise en place il y a des milliers d'année par nos ancêtres pour célébrer la puissance et la force de vie du soleil et sa danse sans fin autours du monde.
Et un instant ils suspendent leur course sur ce monde, font silence, ferment les yeux, et savourent le bonheur et l'allégresse de trouver encore sur cette Terre des choses belles, des splendeurs qui murmurent à leur âme des promesses de nuit et de jour, de lune et de soleil, de chaud et de froid, de mouillé et de sec, de faim et de ventres rassasiés, de chants, de danses, de vie.
Vivre le druidisme en Europe aujourd'hui, c'est trouver un chemin qui a du sens pour nous. Puiser dans nos racines une culture belle, respectueuse et sensible. Retrouver ses repères pour les transposer dans notre vie moderne, et y savourer ainsi la beauté de l'existence, par une croyance qui exalte l'esprit, soigne le corps, enchante la vie.
Il faut sans doute être un peu poète, aimer les histoires de sorcières et de chevaliers. Accepter d'apprendre à voir le monde avec un regard nouveau et lire le livre vivant de la nature.
Vous êtes-vous demandé ce que signifient les termes « sacré », « respect » ?
Notre croyance est basée sur une perception polythéiste des principes divins. Elle invite à ne pas les regarder passivement mais au contraire d’ouvrir sa conscience à ces principes immanents. Il ne s’agit pas d’adorer sottement un objet inanimé. Il s’agit de retrouver le sens de la vie, à travers l’observation de la nature, des cycles des saisons, du lever et du coucher du soleil, de la mort et de la vie qui s’engendrent l’un l’autre. Il s’agit de se mouvoir consciemment dans la toile de la vie.
Je me représente souvent l’univers comme une immense toile d’araignée. Chaque objet, chaque être, est un nœud dans cette toile. Les liens que nous tissons avec les objets et avec les êtres vivants (respect, mépris, ignorance, parenté, amitié, amour, service, antipathie, haine, jalousie, rancune, appartenance, propriété, etc. etc.) est un fil qui relie chaque point aux autres.
Tous ses points sont en interrelation : si les liens qui unissent les êtres sont évidents (relation), ceux qui unissent les objets aux objets existent également : par exemple, une pierre qui soutient une maison, si on la retire, la maison tombe : il y a un lien entre l’objet « pierre » et l’objet « maison ». Il y a toujours un lien, peut-être sommes nous tout simplement incapables de l’identifier.
Partant de ce postulat, chaque geste que nous faisons, chaque parole que nous prononçons influencent les autres points de la toile.
Ainsi un « boujour » et un « merci » tissent des liens, alors que les insultes, les coups, les blessures, la destruction des objets ou des êtres « défont » les liens.
Il nous appartient de prendre conscience de ces liens et d’agir en conséquence, afin de ne pas détruire ce qui doit subsister, et au besoin de pouvoir « défaire » les liens qui créent des déséquilibres dans la toile.
Nous disposons pour ça d’outils merveilleux : la parole, le verbe, attributs qui semblent être l’apanage des êtres humains. Mais également les gestes, les sons, les symboles, les odeurs, le toucher, le goût, les vibrations …
La réappropriation du paganisme, et dans notre cas, de son contexte druidique, est un moyen de retrouver la conscience de cette toile, le sens du sacré, et propose à chacun d’y trouver un équilibre, une place au sein de la myriade d’étoiles qui compose notre univers.
Florent, le 7 juillet 2008 de l’ère vulgaire